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Le texte :Opportunity aurait-il détruit, par inadvertance, le premier fossile mis à jour sur la planète Mars ? Rien ne le prouve, mais rien n'interdit de le penser.Le 23 février dernier (sol 30), Opportunity se positionnait face au rocher El Capitan, déjà examiné dans son ensemble au cours des jours précédents. Le but de l'opération consistait à appliquer la meule du RAT (Rock Abrasion Tool) sur la roche, afin d'en enlever la couche superficielle potentiellement altérée par l'environnement martien, et d'en opérer une analyse détaillée en profondeur.
L'intérêt scientifique d'El Capitan provient de sa configuration toute particulière. La structure de la roche montre de fines strates ondulées et régulières, caractéristiques d'un dépôt de sédiments dans un courant, ainsi que de nombreux "vugs", des cavités résultant de l'évaporation d'eau salée. Ceux-ci apparaissent principalement sur El Capitan sous la forme d'indentations d'environ un centimètre de long et quelques millimètres de large, et leur orientation croisée est caractéristique de cristaux de sel qui croissent dans une saumure en cours d'évaporation. C'est lorsque ces cristaux s'évaporent à leur tour qu'ils laissent ces traces si particulières, que l'on découvre également sur Terre à l'emplacement d'océans primitifs. Sur Mars, ces indices sont considérés comme la preuve irréfutable que de l'eau a autrefois coulé à l'endroit examiné.
Le scénario de la manœuvre entreprise par le robot est simple. Après une reconnaissance photographique générale de la "cible", les scientifiques déterminent un, ou plusieurs endroits à creuser. Ceux-ci sont choisis non seulement en fonction de leur intérêt, mais – et surtout – en raison de leur configuration de surface : celle-ci doit être plane, ne pouvant présenter aucune aspérité susceptible d'entraver le travail de la meule (qui s'est pourtant bloquée lors d'une première tentative), et permettre aisément son ancrage au moyen de deux tenons qui l'entourent, dont les traces sont d'ailleurs souvent visibles sur les images a posteriori.
La durée des communications étant importante entre Mars et la Terre (plus d'une demi-heure aller et retour), c'est une séquence automatique qui est transmise à l'ordinateur du rover, afin d'optimiser l'emploi du temps de la sonde. Celle-ci comprend successivement une série de prises de vues rapprochées au moyen de la caméra microscopique de l'endroit à abraser (trois images monochromatiques avec filtre de 753 nm à mise au point légèrement décalée), l'application du RAT et la mise en marche de la meule (durant trois heures environ), le retrait de celle-ci puis une nouvelle prise de vues dans les mêmes conditions. Ensuite seulement, images et résultats sont transmis et examinés en salle de contrôle.
Lorsque l'information est parvenue aux scientifiques, il était évidemment trop tard, tout ce qui apparaissait à l'image ayant disparu, réduit en fine poussière par la meule diamantée du RAT. Le fond de l'excavation ainsi creusée (environ 4 mm) n'en porte plus aujourd'hui aucune trace visible.
De quoi s'agissait-il ? Seule l'éventuelle découverte d'une forme identique pourrait permettre de répondre à cette question. Question provisoirement en suspens