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Les sorcières



Contrairement au cliché, la « chasse aux sorcières » est loin d’être un fait historique médiéval.

En effet, le haut moyen-âge, s’il réprima dans le sang et les flammes l’hérésie, fut clément, en tout cas comparé à la Renaissance et au Grand Siècle, vis à vis de la « sorcellerie ».

Les premières "chasses aux sorcières" débutèrent vers le milieu du 15ème siècle, à la toute fin du moyen-âge.

On peut dater plus précisément la première vague de répression, menée par les tribunaux de l'Inquisition, de 1480 à 1520.

Mais la plus intense folie meurtrière eut lieu entre 1580 et 1630, et fut menée par des tribunaux séculiers.

En France, il faudra attendre la fin du 17ème siècle pour que cessent définitivement les poursuites. La dernière sorcière à être condamnée en Europe, Anna Goldi, le fut en 1782 en Suisse.

La persécution toucha plus particulièrement les régions comprises entre la Lorraine et la Westphalie, les Alpes et les évêchés Rhénans.

L'Italie, l'Espagne, l'Irlande et l'Angleterre verront nettement moins de bûchers, voire, pour l'Irlande, quasiment pas. Ainsi, l'ensemble des pays britanniques connaîtra environ 1800 exécutions, l'Europe du sud 1300, alors que la France et ses voisins condamneront 2725 personnes .... et la Suisse et les pays germaniques 35 000.

Il y aura en tout environ 100 000 procès et 50 000 exécutions.

Les victimes furent essentiellement des femmes - environ huit "sorcières" pour un "sorcier".

Une étude sur l'origine des sorcières (et sorciers)

GROUPE D'ETUDE DES SCIENCES OCCULTES
LES SORCIERES (1)


Les sorcières ne proviennent pas d'une "génération spontanée". Bien qu'il y ait eu vraisemblablement des cas de filiation au cours desquels ont était sorcière "de mère en fille", il n'y a pas non plus de véritable vocation familiale et, n'en déplaise à Harry Potter, il n'y a pas eu d'écoles de sorcellerie, pas vraiment du moins.

Par contre, il y a toujours eu (et il y aura probablement toujours) des personnes bizarres et solitaires, dont la solitude se prête justement à toutes les affabulations de l'imaginaire, marginales et plus ou moins malfaisantes. Mais on pouvait se poser la question, en se rappelant de ce que les sorcières étaient aux siècles passés (nous voulons parler des époques moyenâgeuses): qu'est-ce qui a pu susciter leur apparition?

La question mérite d'autant plus d'être posée que la réponse est complexe, pour émaner en fait d'un contexte historique et social qui doit impérativement être stipulé, des connaissances populaires d'alors, de l'influence de la religion qui, a elle seule est déjà primordiale et de la condition de la femme au travers des siècles.

Nous allons donc voir, dans un premier temps, quel était ce contexte historique et les facteurs sociaux qui ont constitué un terrain fertile et propice à l'éclosion d'un phénomène qui a la vie dure. Car, il faut bien le rappeler, les sorcières n'ont pas disparu avec l'Inquisition. Elles sont toujours présentes parmi nous même si leur apparence, leur condition et leurs attributions ont forcément évolué.

Le contexte historique et les facteurs sociaux

Pour comprendre comment les sorcières ont vu le jour, il est nécessaire de se mettre dans l'ambiance des 13è, 14è et 15è siècles, époques où la vie n'était pas toute rose dans les chaumières. La vie d'alors ressemblait davantage à une suite de catastrophes, d'épidémies, de guerres qu'à un long fleuve tranquille.

La guerre de Cent Ans, (1337-1453) puis la Grande Peste (1348-1349), qui prit la fâcheuse habitude de revenir à chaque décennie environ, furent deux premiers événements tragiques qui bouleversèrent la situation en Europe. En un temps record, la maladie toucha un nombre très important de personnes à un point tel que l'on pouvait parler de catastrophe démographique.

Les paysans furent les principales victimes des deux points précédents sans compter les vols et rapines ainsi que les faits des gens d'armes. Tout cela accentua leur misère et ils se révoltèrent. Ce furent les Jacqueries, lesquelles connurent à leur tour une sanglante répression.

Au milieu de tout ces "charmants divertissements" vint le Grand Schisme d'Occident (1378-1417) qui divisa en deux le monde chrétien durant quarante ans et mit fin à l'illusion d'une unité européenne sous l'autorité du Pape et de l'Empereur.

Dans ces conditions, il est tout à fait compréhensible que l'Homme d'alors soit déboussolé, désorienté, dépité. Même plus révolté puisque ses révoltes ont été matées et n'ont provoqué que plus de plaies, bosses et cruelles cicatrices, mais en quelque sorte vaincu par une certaine fatalité, un destin particulièrement cruel.
Pourtant, ces faits à eux seuls sont encore largement insuffisants pour expliquer l'apparition des sorcières car l'histoire regorge, à toutes les époques d'ailleurs, de semblables faits belliqueux et de conditions extrêmement dures.

Mais parallèlement, le quinzième siècle fut une période charnière. C'est au cours de ce même 15è siècle que l'on vit la mort et la réhabilitation de Jeanne d'Arc, personnage ô combien célèbre dans le domaine de la sorcellerie, la fin de la guerre de Cent Ans (1453), la fin de la féodalité et de profondes mutations sociales, l'éclosion de la Renaissance italienne, la naissance de l'imprimerie, la découverte de l'Amérique... Mais il y eut également de nombreux et incessants conflits plus ou moins localisés (ainsi la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, de 1411 à 1435), des disettes (par exemple celle de 1482), un conflit sans fin entre la France et la Bourgogne, les premières guerres d'Italie, la prise de Constantinople par les Turcs (1453), de nombreuses épidémies... Ces dernières, en particulier, de la fin du quinzième au seizième, frappèrent de plein fouet une population déjà affaiblie: et comme si ce n'était pas encore suffisant, il y avait aussi les récurrences de la peste (en 1466 et 1482), la variole, le typhus, la malaria, la coqueluche, et la syphilis... Avec un tel passif, il nous est pratiquement impossible (pour le moment du moins) d'introduire quoi que ce soit d'humoristique!

Ce n'est pourtant pas fini: au niveau économique, on peut noter une augmentation des impôts, frappant en particulier les ruraux, et une hausse des prix. Ainsi, même si, de 1430 à 1480 environ, une certaine joie de vivre réapparut, et même si le quinzième siècle connut nombre d'avancées, chaque fois qu'une amélioration se faisait sentir, ses bienfaits étaient bientôt remis en question par une nouvelle catastrophe.... Le siècle est donc caractérisé par une évolution en allers/retours, qui empêcha le peuple de pouvoir s'installer, au moins pour un temps, dans une sensation de paix retrouvée, de sécurité. Le seizième siècle est également une période d'une extrême complexité, une période mouvante, plurielle, contradictoire. On peut toutefois aussi en retenir les formidables avancées scientifiques, la découverte de nouveaux mondes, le génie des grands maîtres italiens... Mais en fait, tout ceci ne va faire que parachever l'oeuvre commencée, à savoir que, désormais, tout était possible, surtout le pire!

Mais si la première moitié du siècle fut marquée par l'optimisme des humanistes de la Grande Renaissance, malgré les guerres d'Italie, les batailles opposant la France à l'Empire Germanique et la confrontation avec les Turcs (1520-1680), la seconde moitié du seizième a laissé dans l'histoire le souvenir d'un âge de fer, de feu et de sang: attentats politiques, assassinats, guerres de religion (1562-1598), luttes entre les princes et l'empereur en Allemagne, durcissement religieux extrême après le Concile de Trente (1545-1563), guerre aux Pays-Bas, massacres d'une sauvagerie terrifiante, tels que la Saint Barthélemy (le 25 Août 1572)...Enfin, l'histoire du climat nous révèle que l'époque connût une période de très fort refroidissement climatologique, à partir de 1550. Cette "mini glaciation" eût les effets qu'on imagine sur les cultures, mais aussi sur la chasse, et donc sur la subsistance en général. Ce dérèglement fut particulièrement marqué en certains points de l'Europe.... Et ces lieux particulièrement atteints furent également ceux où l'on alluma le plus de bûchers.

Certes, ce n'était pas la première fois dans l'histoire que le peuple subissait sur une longue période cet éternel trio de souffrances - guerres, maladies, faim. Mais cette fois-ci, peut-être, eût-on la sensation que cela n'aurait jamais de fin....Que la mort allait régner en maître sur le monde... Que l'Apocalypse était pour demain.

Dans l'esprit populaire, tout cela devait forcément avoir une explication. L'homme étant encore loin de marcher sur la lune, on se tournait volontiers vers des hypothèses plus surnaturelles. Si ce n'était Dieu, ce devait être le Diable qui régissait tout cela en coulisses, probablement avec l'aide de quelques complices humains...

Voilà, en somme, un premier développement de ce que fut l'un des raisonnements populaires quant à l'apparition des sorcières. Mais ce n'est encore qu'un premier pas. Nous avons à présent compris pourquoi le terrain était bon, mais il nous manque encore les graines, l'engrais et... le jardinier!

Les Sorcières de Salem


Le procès des sorcières de Salem est un épisode fameux de l'histoire coloniale des États-Unis qui entraine la condamnation et l'exécution de personnes accusées de sorcellerie en 1692 dans le Massachusetts. Généralement analysé comme découlant d'une période de luttes intestines et de paranoïa puritaine, ce procès cause la mort de 25 personnes et l'emprisonnement d'un bien plus grand nombre.

Ces persécutions prennent place dans le contexte occidental du XVIIe siècle : historiens et chercheurs estiment aujourd'hui le nombre de victimes de l'inquisition et des procès en sorcellerie entre 50 000 et 100 000 en Europe entre 1560 et 1650.


La salle d'audience, illustration de 1876


Les faits

En 1692, à Salem Village (aujourd'hui Danvers), quelques jeunes filles, notamment Abigail Williams, Ann Putnam et Betty Parris, accusent certains concitoyens de les avoir envoûtées et d'être des sorciers ou des magiciens, alliés de Satan.

La communauté, assiégée par les indiens et dépourvue de gouvernement légitime, prête foi aux accusations et condamne les personnes mises en cause à avouer les faits de sorcellerie ou à être pendues. Les accusations s'étendent rapidement. En moins de deux mois, les communautés suivantes sont concernées : Andover, Amesbury, Salisbury, Haverhill, Topsfield, Ipswich, Rowley, Gloucester, Manchester, Malden, Charlestown, Billerica, Beverly, Reading, Woburn, Lynn, Marblehead, et Boston.


Début de l'affaire

Durant l'hiver glacial de 1691/1692, Betty Parris et Abigail Williams, respectivement fille et nièce du révérend Samuel Parris, se mettent à agir d'une curieuse manière : elles parlent une langue inconnue, se cachent, traînent des pieds en marchant. Les médecins consultés ne parviennent pas à identifier le problème ; l'un d'eux conclut même à une possession satanique. Parris et les autres notables de la ville pressent Betty et Abigail, puis les autres jeunes filles atteintes de manière identique, Ann Putnam, Betty Hubbard, Mercy Lewis, Susannah Sheldon, Mercy Short, et Mary Warren, de nommer ceux qui les ont maudites. Les jeunes filles se décident alors à donner des noms.

Les trois premières femmes accusées sont Sarah Good, Sarah Osborne et Tituba. Sarah Good est une mendiante, fille déshéritée d'une aubergiste française qui s'était donnée la mort quand Sarah était adolescente, une femme louche : elle murmure quand on lui donne de la nourriture. Sarah Osborne est une vieille femme, alitée, qui a mérité la réprobation générale en captant l'héritage des enfants de son premier mari pour le remettre à son nouvel époux. Quant à Tituba, c'est l'esclave barbadienne de Samuel Parris.



Arrestation d'une sorcière, illustration de 1883


Les trois femmes sont officiellement accusées de sorcellerie le 1er mars 1692 et mises en prison. D'autres accusations suivent : Dorcas Good (la fillette de Sarah Good, âgée de 4 ans), Rebecca Nurse (une grand-mère malade et pieuse), Abigail Hobbs, Deliverance Hobbs, Martha Corey, ainsi qu'Elizabeth et John Proctor. Les prisons se remplissent progressivement et un nouveau problème surgit : sans forme légitime de gouvernement, les accusés ne peuvent être jugés. Ainsi, aucun procès n'a lieu avant la fin mai 1692, lorsque le gouverneur Phips arrive et institue une Court of Oyer and Terminer (to « hear and determine », entendre et décider). Sarah Osborn est déjà morte en prison sans avoir été jugée, Sarah Good a accouché d'une petite fille, plusieurs autres accusés sont malades. Environ 80 personnes attendent leur procès dans les geôles.

Pendant l'été, la cour est en session une fois par mois. Une seule accusée est relâchée, après que les jeunes accusatrices se rétractent à son sujet. Tous les procès se terminent par la condamnation à mort de l'accusé pour sorcellerie, aucun acquittement n'est prononcé. Seuls ceux qui plaident coupable et dénoncent d'autres suspects évitent l'exécution capitale. Elizabeth Proctor, et au moins une autre femme, bénéficient d'un sursis à exécution « parce qu'elles sont grosses » (« for the belly », enceintes) : quoique condamnées, elles ne seront pendues qu'après la naissance de leur enfant. Une série de quatre exécutions a lieu au cours de l'été, avec la pendaison de 19 personnes, au nombre desquelles : un ministre du culte respecté, un ancien policier qui a refusé d'arrêter davantage de prétendues sorcières, et trois personnes disposant d'une certaine fortune. 6 des 19 victimes sont des hommes ; la plupart des autres sont de vieilles femmes misérables.

Une seule des mises à mort ne s'accomplit pas par pendaison. Giles Corey, un fermier âgé de 80 ans, refuse de se défendre en justice. La loi prévoit dans ce cas l'application d'une forme de torture dénommée peine forte et dure, consistant à empiler une à une de larges pierres sur la poitrine du prévenu, jusqu'à l'écrasement ; après trois jours d'atroces douleurs, Corey meurt en persistant dans son refus de se défendre. On a pu croire de manière erronée que Corey refusait de se défendre devant la cour pour éviter la confiscation de ses biens par l'État : en fait, les confiscations n'étaient pas systématiques et intervenaient le plus souvent avant le procès et la condamnation. On pense maintenant que l'attitude de Corey s'explique par le caractère buté et procédurier du vieil homme, qui se savait condamné d'avance.

La terre souffre autant que les hommes. Les bêtes ne sont plus soignées, les récoltes sont laissées à l'abandon. Des accusés prennent la fuite vers New York ou au-delà pour échapper à l'arrestation. Les scieries sont vides, leurs propriétaires disparus ou perturbés, leurs employés badaudant devant les prisons, participant aux réunions communautaires, ou eux-mêmes arrêtés. Le commerce ralentit fortement.

Épilogue


Les procès en sorcellerie s'achèvent en octobre 1692, les accusés sont progressivement mis en liberté jusqu'au printemps suivant. Officiellement, le gouverneur royal du Massachusetts, Sir William Phips, met un terme à la procédure après l'appel formé par le clergé bostonien mené par Increase Mather. Celui-ci publie un « Cases of Conscience Concerning Evil Spirits » (Cas de conscience regardant les esprits maléfiques) le 3 octobre 1692, ouvrage qui contient notamment la phrase suivante : « Il apparaît préférable que dix sorcières suspectées puissent échapper, plutôt qu'une personne innocente soit condamnée » (It were better that Ten Suspected Witches should escape, than that the Innocent Person should be Condemned).

L'affaire a eu un impact si profond qu'elle a contribué à réduire l'influence de la foi puritaine sur le gouvernement de Nouvelle-Angleterre et a indirectement conduit aux principes fondateurs des États-Unis d'Amérique.


Causes de l'hystérie


Plusieurs théories tentent d'expliquer pourquoi la communauté de Salem Village a explosé dans ce délire de sorcières et de perturbations démoniaques. La plus répandue consiste à affirmer que les puritains, qui gouvernèrent la colonie de la baie du Massachusetts pratiquement sans contrôle royal de 1630 à la promulgation de la Charte en 1692, traversèrent une période d'hallucinations massives et hystériques provoquées par la religion. La plupart des historiens modernes trouvent cette explication simpliste. D'autres théories s'appuient sur des analyses fondées sur des faits de maltraitance d'enfants, ou de divinations tournant mal, d'ergotisme (le mal des ardents du Moyen-Âge, provoqué par l'ergot de seigle, qui contient une substance que l'on retrouve dans le LSD), de complot de la famille Putnam pour détruire la famille rivale Porter, ou encore s'élaborent sur le thème de l'écrasement social des femmes.

La communauté puritaine vivait dans l'angoisse. Après avoir perdu sa charte lors de la seconde révolution anglaise, elle ignorait toujours, au printemps 1692, de quoi son futur serait fait. En butte aux attaques incessantes des Indiens, elle ne pouvait compter sur le soutien anglais. Sa milice se recrutait uniquement en son sein et sa population avait été décimée au cours du soulèvement général des Indiens de 1675-1676, la King Philip's War : en Nouvelle-Angleterre, un colon sur dix avait trouvé la mort dans les attaques indiennes. Quoique ces évènements fussent terminés, les raids et les coups de mains indiens se produisaient épisodiquement. La Nouvelle-Angleterre se transformait en une colonie marchande. Puritains et non-puritains s'enrichissaient, ce que les puritains considéraient comme un péché autant que comme une nécessité. Au fur et à mesure que la classe des marchands s'élevait dans l'échelle sociale, le clergé déclinait.

Parmi les théories modernes, celle de Mary Beth Norton dans In The Devil's Snare (Dans le piège du Diable) est peut-être l'une des plus convaincantes. Mary Norton considère que toutes les explications évoquées ci-dessus ont probablement joué un rôle important mais qu'il s'y ajoute la circonstance que Salem et le reste de la Nouvelle-Angleterre étaient harcelés par les attaques indiennes, ce qui a créé une atmosphère de peur qui contribua beaucoup au développement de l'hystérie. Mary Norton insiste sur le fait que la plupart des victimes d'accusations possédaient de forts liens personnels ou sociaux avec les attaques indiennes dans les quinze années qui précédèrent les évènements. Les accusateurs faisaient fréquemment référence à un homme noir (a black man), soutenaient l'existence de sabbats entre les sorcières prétendues et les Indiens, et décrivaient des tortures provenant directement des récits de captivité entre les mains des Indiens. De plus, le clergé puritain assimilait souvent les Indiens aux démons, les associait aux sorciers et, au cours d'interminables sermons enflammés, fustigeait Satan et ses cohortes assiégeant les puritains, la sainte armée de Dieu. Le combat des Indiens devenait l'assaut des forces du mal essayant d'abattre la société puritaine, et il fallait s'attendre à des attaques du dedans aussi bien que du dehors. Vers 1691, les puritains étaient mûrs pour l'hystérie magique.

Salem Village constituait en lui-même un microcosme d'angoisse puritaine. La moitié du village était constituée de paysans qui approuvaient le révérend Samuel Parris dans ses efforts pour se séparer de la ville de Salem Town et instituer une cité à part entière ; l'autre moitié du village voulait rester dans le périmètre de Salem Town et de ses flux commerciaux et refusait de contribuer à l'entretien de Parris et de sa famille. Par ailleurs, de nombreux rescapés d'attaques indiennes dans le Maine et le New Hampshire étaient abrités chez des parents à Salem, apportant avec eux d'horribles récits. En 1691, Salem Village était un véritable baril de poudre et les jeunes filles possédées furent l'étincelle qui fit tout exploser.


Personnages

Clergé protestant
Révérend Cotton Mather
Révérend Samuel Parris
Révérend Increase Mather
Révérend Francis Dane
Révérend Deodat Lawson
Révérend Samuel Willard

Président de la cour
Président de la Court of Oyer and Terminer

Lieutenant gouverneur William Stoughton

Juges assesseurs

John Hathorn (grand-père de l'écrivain Nathaniel Hawthorne)
Samuel Sewall
Thomas Danforth
Bartholomew Gedney
John Richards
Nathaniel Saltonstall
Peter Sargent
Stephen Sewall, Clerk
Wait Still Winthrop


Possédés
Ceux qui se plaignirent des faits de sorcellerie :


Sarah Bibber
Elizabeth Booth
Sarah Churchill
Martha Goodwin
Elizabeth Hubbard
Mary Lacey (fut aussi accusée d'être sorcière)
Mercy Lewis
Betty Parris
Bethshaa Pope
Ann Putnam, Jr.
Susanna Sheldon
Mercy Short
Mary Walcott
Mary Warren (fut accusée d'être sorcière quand elle se rétracta et affirma que les jeunes filles étaient des simulatrices)
Abigail Williams

Accusés

Cette liste n'est pas exhaustive. Il y eut entre 150 et 300 accusés enregistrés, et peut-être plus encore qui ne furent pas emprisonnés :

Capt. John Alden Jr.
Daniel Andrew
Sarah Bassett
Edward Bishop
Sarah Bishop
Mary Black
Dudley Bradstreet
John Bradstreet
Sarah Buckley
Richard Carrier
Candy, esclave de Salem
Mary Clarke
Sarah Easty Cloyce
Sarah Cole
Giles Corey
Mary Bassett DeRich
Ann Dolliver
Rebecca Eames
Mary English
Philip English
Abigail Faulkner
Ann Foster
Dorcas Hoar
Abigail Hobbs
Deliverance Hobbs
Elizabeth Howe
Mary Ireson
George Jacobs, Jr.
Margaret Jacobs
Elizabeth Johnson
Mary Lacey, Sr.
Mary Lacey (également possédée)
Sarah Osborne
Lady Phips, épouse du gouverneur Phips
Susannah Post
Elizabeth Bassett Proctor
Tituba
Job Tookey
Hezekiah Usher
Mary Withridge

Exécutés

Bridget Bishop - pendue, 10 juin 1692
Rev. George Burroughs - pendu, 19 août 1692
Martha Carrier - pendue, 19 août 1692
Martha Corey - pendue, 22 septembre 1692
Giles Corey - écrasé jusqu'à ce que mort s'ensuive, 19 septembre 1692
Mary Easty - pendue, 22 septembre 1692
Sarah Good - pendue, 19 juillet 1692
Elizabeth Howe - pendue, 19 juillet 1692
George Jacobs, Sr. - pendue, 19 août 1692
Susannah Martin - pendue, 19 juillet 1692
Rebecca Nurse - pendue, 19 juillet 1692
Alice Parker - pendue, 22 septembre 1692
Mary Parker - pendue, 22 septembre 1692
John Proctor - pendu, 19 août 1692
Ann Pudeator - pendue, 22 septembre 1692
Wilmott Redd - pendu, 22 septembre 1692
Margaret Scott - pendue, 22 septembre 1692
Samuel Wardwell - pendu, 22 septembre 1692
Sarah Wildes - pendue, 19 juillet 1692
John Willard - pendu, 19 août 1692


Décédés en prison

Sarah Osborne
« Dr. » Roger Toothaker
Ann Foster
Lydia Dustin
nourrisson de Sarah Good


Sabbat (sorcellerie)



Il faut distinguer le sabbat des sorcières du shabbat hébraïque. On a voulu y voir une relation en ce que durant le Moyen Âge les rites et usages juifs étaient méconnus et mal considérés. Certains textes chrétiens de démonologie définissent effectivement le sabbat la "synagogue des sorcières". Si un amalgame a été fait à cette époque, on ne sait toutefois déterminer avec exactitude l'origine de ce nom. Certains y voient le dérivé de Dionisio sabazius, d'autres de sabae (chèvre), d'autres encore, comme Margaret Murray y voient une origine dans le verbe esbattre, de racine commune aux langues romanes ; dans certains textes le sabbat est effectivement appelé esba. Shabbat dérive probablement étymologiquement du chiffre 7 et de l'importance qu'il a dans les mythologies égyptienne et babylonienne liées aux observations des astres. "Sabbat" est la déformation de ce terme ; il conviendrait davantage de parler d'"esba"

Le lieu

Selon la tradition, les contes, les légendes, il est célébré dans une clairière, une lande, à un carrefour, de nuit dans un endroit désert, près d’une source ou une fontaine, ou en quelque lieu offrant une particularité topographique tel qu’un sommet de colline, un rocher ou un amas de pierres, ou encore un lieu connu depuis la préhistoire comme un dolmen, ou simplement un grand arbre séculaire, toujours dans la nature et à son contact. Les cultes des religions païennes n’ont rien à voir avec le satanisme, c’est le christianisme qui voudra y voir le diable, qu’il assimilera à ce que les anthropologues appellent Dieu Cornu, divinité symbolisant la vie depuis les premières expériences religieuses des hommes et l’expression de la pensée magique au cours du paléolithique. Ce n’est qu’en 1303 de l’ère chrétienne, dans un document où l’évêque de Coventry sera accusé de sorcellerie que l’Église utilisera pour la première fois le terme de « Diable » à propos du Dieu Cornu.

Le cercle de pierre est la trace tangible laissé par les participants, dans lequel ils ont exécuté une danse rituelle. Celle-ci, dans le temps et l’espace, au paléolithique comme dans certaines sociétés traditionnelles contemporaines devaient sans doutes conduire les participants à un état proche de la transe de type chamanique. À partir du néolithique, avec la naissance de cultes liés à l’observation des astres et leur adoration en tant que divinités, la danse en cercle, un flambeau en main, fait sans doute son apparition, mais les deux types doivent coexister, selon les cérémonies liées aux périodes de l’année.


Les dates

Le sabbat n’a pas particulièrement lieu le samedi mais plutôt à la veille des fêtes chrétiennes. Dans la tradition la plus proche des origines, il semble même qu’il ait eut lieu plutôt dans la nuit du jeudi au vendredi . Les solstices, les équinoxes, sont des dates importantes, comme le 2 février (correspondant à la chandeleur), le 1er mai ou le 1er novembre. Avec les débuts de l’agriculture se développent les cultes agraires liés à la fertilité qui perdureront durant toute l’antiquité et nous sont assez bien connus. Les fêtes en l’honneur de Dionysos, les Bacchanales (voir aussi : Bacchantes) sont en quelques sortes autant de prototypes antiques de ce que sera le sabbat, ou plutôt l' "esba", du Moyen Âge. L’on y arrive alors avant minuit pour partir à l’aube.


La cérémonie

Célébration des forces vitales de la Nature incarnées par le Dieu cornu, symbolisé par le cerf ou autre animal à cornes tel le bouc ou le taureau, et dès les origines certainement personnifié par le chaman de la tribu s’ornant de ses attributs et portant donc un masque figurant l’animal, maître de la cérémonie, il s’agit d’un spectacle pourrait-on dire, où les participants sont les acteurs. Aussi la cérémonie se compose-t-elle d’un banquet où l’animal, de la préhistoire à l’antiquité, était sacrifié et consommé sur place par les participants. Des drogues extraites de plantes ayant un effet hallucinogène y étaient certainement consommées pour parvenir à la vision extatique durant la danse rituelle. En certains cas, chez les primitifs, une victime humaine, capturée dans une tribu ennemie, était probablement sacrifiée, d’où le cannibalisme parfois évoqué.

Au Moyen Âge, on y vient pour s’échanger les recettes de toute une pharmacopée traditionnelle, onguents, potions, confectionnés avec des simples où des organes d’animaux, y apprendre les incantations nécessaires au bon fonctionnement des remèdes, ceci pour ce qui est des réunions, plus particulièrement liées au « culte de Diane » hérité de l’antiquité, fréquentées par une société essentiellement féminine structurée selon des critères égalitaires et matriarcaux où le savoir se transmettait de mère en fille, de génération en génération, de sorcière « initiée » à « adepte » nouvelle recrue. Société de guérisseuses et de sages-femmes, le terme de « Belladone » désignant la plante médicinale est là pour en témoigner. Femmes habiles en quelqu’art, entreprenantes et vivant de leur commerce, fileuses, tisserandes s’y rendent, et la quenouille, le fuseau apparaissent dans les contes de fées des veillées. Leurs groupes forment alors sans aucuns doutes des réseaux solidaires.

À partir du moment où les grandes hérésies apparaissent, le sabbat et ses pratiques cultuelles païennes qu’on peut génériquement désigner par le terme de sorcellerie, qui étaient tolérée par le christianisme conquérant mais pas encore enraciné en profondeur dans cette société rurale (le christianisme ne s’y étant pas implanté du jour au lendemain et le nord de l’Europe et les pays slaves ne furent guère christianisés avant l’an mille), va être perçue comme une forme d’hérésie et combattue comme telle au fur et à mesure que les participants vont devenir plus nombreux. Or ils vont le devenir, et le sabbat va drainer, du fond des campagnes, les déshérités de tous poils et de toutes origines, les mécontents et les malheureux, les « déçus de la religion officielle », par le biais du bouche-à-oreille. Il s’agit alors plutôt d’un festin où les drogues et la boisson ont certainement leur rôle (il suffit de penser au joli champignon rouge à pois blancs qu’est l’amanita muscaria, présent dans l’iconographie des fables). On vient dès lors au sabbat pour oublier des conditions de vie difficiles, pour manger à satiété et faire la fête. Et si le « Diable » y fait son apparition, masqué comme il se doit, pour y mener la danse, c’est bien souvent à un rebelle contre l’ordre établi qu’il fait penser. Dans les procès-verbaux des tribunaux de l’Inquisition, il est généralement décrit comme affable et débonnaire, et non pas comme un criminel sanguinaire.


Un des aspects du sabbat souvent évoqué, tant par la culture populaire que par l’Inquisition, est son caractère sexuel, explosion des sens. Dans une société sexophobe où, par tradition religieuse après la rupture avec la liberté sexuelle de l’antiquité qui n'était pas hantée par l'idée de péché, la chasteté est à l’ordre du jour et les interdits nombreux, le sabbat devient l’occasion de rapports sexuels et de relations libres. Indubitablement, cette liberté sexuelle évoquée et qualifiée d’orgiaque fait partie de cette fête comme dans tout rite de la fertilité et en toute occasion sociale dans un monde rural au moment des moissons, des vendanges, etc. Selon la nature et le caractère de ses participants, ces réunions peuvent évidemment avoir connu des dérives bestiales, parfois effectivement sataniques, et criminelles.





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